Updated on
Jul, 30 2026
Ahmed Abdelaziem Mahmoud
Conseiller Juridique — INTERPOL et Droit Pénal International
Anastasia Goma
Senior Associate, Défense pénale internationale
Hanna Sianko
Associée
Cliodhna Joyce-Daly
Consultant juridique stratégique et expert juridictionnel
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Associé principal
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Collaboratrice senior
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Partenaire associé
Tarek Muhammad
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Associé principal
Anatoliy Yarovyi
Associé principal

Un pays peut-il refuser d’extrader ses propres citoyens ? Le guide complet

Un entrepreneur français, en voyage d’affaires à l’étranger, est arrêté à son hôtel. Stupeur. Il découvre faire l’objet d’une demande d’extradition émanant d’un pays hors UE pour un litige commercial vieux de plusieurs années. La panique s’installe. La France peut-elle vraiment livrer l’un de ses propres citoyens à une justice étrangère ?

En principe, non. De nombreux pays, y compris la France, refusent d’extrader leurs propres ressortissants. Ce principe, fondé sur la souveraineté nationale et le devoir de protection de l’État, semble simple. Pourtant, la règle n’est pas absolue et connaît des exceptions majeures, surtout dans le cadre de la coopération judiciaire européenne.

Extradition – Procédure officielle par laquelle un État (l’État requis) accepte de livrer un individu se trouvant sur son territoire à un autre État (l’État requérant) qui le réclame pour le juger pour une infraction ou pour lui faire exécuter une peine.

Aut dedere aut judicare – Principe de droit international signifiant “extrader ou juger”. Il oblige un État qui refuse d’extrader un individu (souvent en raison de sa nationalité) à soumettre l’affaire à ses propres autorités judiciaires pour d’éventuelles poursuites.

Quel est le principe fondamental concernant l’extradition de ses propres ressortissants ?

La non-extradition de ses propres nationaux est une règle ancienne du droit international. Elle repose sur une idée simple : chaque État a une responsabilité première envers ses citoyens, y compris celle de les juger selon ses propres lois et garanties procédurales. C’est une question de souveraineté.

Un État affirme ainsi son autorité en se réservant le droit de ne pas livrer ses citoyens à un système judiciaire étranger dont il ne contrôle ni les normes, ni l’équité. En France, cette règle est fermement ancrée.

Le Code de procédure pénale, dans ses articles 696 et suivants, est très clair. Sauf si une convention internationale en dispose autrement, les règles françaises s’appliquent. Et la loi française interdit l’extradition d’une personne qui avait la nationalité française au moment de la commission des faits. Attention, ce n’est donc pas une interdiction absolue ; des traités spécifiques peuvent y déroger.

La France extrade-t-elle ses propres citoyens ?

Vers des pays hors de l’Union européenne, la réponse est non. La nationalité française, détenue au moment des faits reprochés, constitue un motif de refus obligatoire de l’extradition. Ce point est crucial : si vous avez obtenu la nationalité française *après* les faits, vous ne pourrez pas l’invoquer pour bloquer la procédure.

Ce refus d’extrader ne rime toutefois pas avec impunité. La France applique alors le principe aut dedere aut judicare (extrader ou juger). Si elle refuse de livrer l’un de ses ressortissants, elle a l’obligation de transmettre le dossier à ses propres autorités judiciaires. Celles-ci peuvent alors engager des poursuites en France pour les crimes ou délits commis à l’étranger, en vertu des règles de compétence extraterritoriale du Code pénal. L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) confirme que ce principe est la contrepartie obligatoire du refus d’extrader ses nationaux.

Un citoyen français peut-il être extradé ?

Non, pas au sens classique de l’extradition vers un pays non-membre de l’UE. Le terme “extradition” est cependant souvent utilisé à tort pour décrire la procédure de “remise” qui s’applique entre les États membres de l’Union européenne dans le cadre du Mandat d’Arrêt Européen. Là, les règles sont radicalement différentes.

L’interdiction d’extrader ses ressortissants s’applique-t-elle au sein de l’Union européenne ?

Ici, tout change. Le principe de non-extradition de ses nationaux ne s’applique pas entre les pays membres de l’Union européenne. L’extradition traditionnelle a été remplacée par le Mandat d’Arrêt Européen (MAE). Il ne s’agit plus d’une procédure diplomatique, mais d’un mécanisme de “remise” directe entre autorités judiciaires.

Ce système repose sur le principe de reconnaissance mutuelle des décisions de justice. Un État membre ne peut donc pas refuser de remettre l’un de ses propres ressortissants à un autre État membre en se fondant uniquement sur sa nationalité.

Les droits fondamentaux restent heureusement une garantie. L’Article 21 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) garantit la libre circulation, et l’Article 54 de la Convention d’application de l’accord de Schengen (CAAS) consacre le principe non bis in idem. Dans l’affaire C‑505/19, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a même précisé que le respect des droits fondamentaux peut, dans des cas exceptionnels, faire obstacle à l’exécution d’une demande, illustrant la complexité des garanties juridiques même au sein de l’UE.

Une notice rouge d’INTERPOL équivaut-elle à une demande d’extradition ?

Absolument pas. C’est une erreur fréquente. Une notice rouge n’est pas un mandat d’arrêt international. C’est une simple demande de coopération policière, diffusée par INTERPOL à la requête d’un pays, pour localiser et arrêter provisoirement une personne en vue d’une éventuelle extradition.

INTERPOL n’a aucun pouvoir pour contraindre un État à arrêter quelqu’un ou à l’extrader. La décision finale appartient toujours aux autorités nationales du pays où la personne est localisée. C’est pourquoi les avocats spécialisés dans les affaires INTERPOL travaillent souvent à contester la validité même de ces notices auprès de l’organisation.

La Commission de Contrôle des Fichiers d’INTERPOL (CCF) est l’organe qui examine ces contestations. Elle vérifie notamment si la notice respecte les règles, comme l’article 3 du Statut d’INTERPOL qui interdit toute intervention à caractère politique, militaire, religieux ou racial. Une décision de la CCF en votre faveur peut entraîner la suppression de la notice, stoppant ainsi les arrestations à répétition lors de vos voyages.

Quelle est la différence entre un mandat d’arrêt international et une demande d’extradition ?

Le “mandat d’arrêt international” est en réalité un terme générique qui désigne souvent une notice rouge d’INTERPOL. C’est un outil de recherche émis par un juge national et diffusé pour permettre une arrestation provisoire. La demande d’extradition, elle, est l’acte juridique et diplomatique formel qui suit l’arrestation, par lequel un État demande officiellement la remise de la personne. La notice rouge facilite donc l’extradition, mais ne la remplace pas.

Quelles sont les autres raisons de refuser une extradition ?

Outre la nationalité, plusieurs motifs juridiques peuvent bloquer une demande d’extradition, que la personne soit ressortissante du pays ou non.

Le principe non bis in idem est l’un des plus importants : nul ne peut être jugé ou puni deux fois pour les mêmes faits. Une extradition sera donc refusée si la personne a déjà été définitivement jugée (acquittée ou condamnée) pour la même infraction dans l’État où elle se trouve.

D’autres motifs classiques de refus existent :

  • L’infraction a un caractère politique : Les infractions purement politiques sont généralement exclues (le terrorisme constituant une exception majeure).
  • Risques de traitements inhumains : L’extradition est refusée si la personne risque la peine de mort, la torture ou des traitements dégradants dans le pays demandeur.
  • La prescription s’applique : Si l’action publique ou la peine est prescrite selon la loi du pays demandeur ou du pays où se trouve la personne.
  • Il n’y a pas de double incrimination : Pour qu’il y ait extradition, le fait reproché doit être considéré comme une infraction pénale dans les deux pays.
  • Le jugement a été rendu par défaut : Si la personne a été condamnée sans avoir pu se défendre et que le pays demandeur ne garantit pas le droit à un nouveau procès équitable.

Il existe une liste de pays sans traité d’extradition avec la France, ce qui complique fortement une éventuelle remise, sans pour autant l’empêcher totalement sur la base d’autres principes de coopération internationale.

Quelle est la règle du non bis in idem en matière d’extradition ?

Ce principe est un pilier du droit. L’article 54 de la Convention d’application de l’accord de Schengen le codifie explicitement pour l’espace Schengen. La quasi-totalité des traités d’extradition, qu’ils soient bilatéraux ou multilatéraux comme la Convention européenne d’extradition du Conseil de l’Europe, contiennent une clause faisant du principe non bis in idem un motif de refus, parfois obligatoire, parfois facultatif.

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Questions fréquentes

Quel est le principe de non-extradition des nationaux ?

C’est une règle de droit international selon laquelle un État refuse de livrer ses propres citoyens à un État étranger (hors UE) qui les réclame pour un crime ou un délit. En contrepartie, cet État s’engage généralement à les juger lui-même, sur son propre territoire.

Que se passe-t-il si un pays refuse d’extrader l’un de ses ressortissants ?

Ce n’est pas la fin de l’histoire. Le pays applique le principe “aut dedere aut judicare” : extrader ou juger. En cas de refus basé sur la nationalité, il doit transmettre le dossier à sa propre justice. Des poursuites peuvent alors être engagées localement si la loi le permet (compétence extraterritoriale).

Comment fonctionne la procédure d’extradition en France ?

La procédure est complexe et multi-étapes. Elle est encadrée à la fois par le Code de procédure pénale français (articles 696 à 696-47-1) et les conventions internationales applicables. Tout commence par une demande transmise par voie diplomatique, qui atterrit sur le bureau du ministère de la Justice pour un premier examen. Ensuite, la chambre de l’instruction de la cour d’appel compétente émet un avis, mais attention, cet avis ne lie pas le gouvernement. La décision finale, celle d’extrader ou de refuser l’extradition, prend la forme d’un décret signé par le Premier ministre, ce qui en fait un acte de nature politique.

Peut-on contester une notice rouge INTERPOL ?

Oui, absolument. Une notice rouge n’est pas une fatalité. Il est possible de saisir la Commission de Contrôle des Fichiers d’INTERPOL (CCF) pour demander sa suppression. Le but de cette démarche est de faire vérifier que la notice respecte bien les règles internes d’INTERPOL, notamment son article 3 qui interdit toute intervention à caractère politique, militaire, religieux ou racial. Si la CCF vous donne raison, vos données sont supprimées du système. Il existe par ailleurs des procédures spécifiques pour la Suppression de la notice rouge à la demande du pays source des données.

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